Elle avançait vers moi lentement, toujours plus lentement. A mesure qu'elle s'approchait de moi, elle ralentissait le pas. Ses talons claquaient brutalement contre l'asphalte, ils martelaient le sol, comme ils avaient martelé mon coeur. Comme toujours, elle avait les bras croisés sur sa poitrine, comme pour se proteger. De temps en temps elle tirait sur sa clope, et en extirpait la fumée au dessus de sa tete. Sa frange brune & son maquillage extremement noir accentuaient ses yeux verts completements défoncés. Lorsqu'elle se trouva en face de moi, elle s'arreta, me fit simplement la bise. Ses joues étaient glacées, limite humides, elle avait encore pleuré. Malgres ça, elle me souriait, comme si tout allait bien. Elle me prenait pour un con, elle croyait que je ne savait pas. Je devinais ce qu'elle ressentait, car j'étais au fond comme elle.
Elle me fixait avec ses yeux qui me tuaient. Son regard méprisant, sa façon de se comporter laissaient paraitre une force considérable, mais les traces blanches sur son nez et l'humidité de ses yeux trahissaient une immense faiblesse. Elle commença à me parler de tout et de rien, comme si de rien n'était. Je lui répondais vaguement, comme si de rien n'était. Bien sur, je n'avais qu'une envie, la prendre dans mes bras lui crier que je l'aimais, mais jamais je n'aurais pu faire une telle chose. Quand bien meme j'aurais essayé, elle aurait rit, et serait partie. Pourtant je savais, je le voyait qu'elle me voulait. Mais elle partait toujours, elle n'appartenait à personne.
Elle se mit à avancer, et je fis de meme. Nous parlions encore. Elle était proche de moi, nos mains se frolaient. Je ne sais pour quelle raison, mais le courage s'empara de moi à cet instant et je lui pris la main. Elle était douce, glacée, tremblante. Comme elle. A un moment, elle s'arreta brusquement, me poussa contre un mur et m'embrassa. Lorsqu'elle dégagea son visage, je la fixait, debout là comme un abruti, pendant quelques secondes.
Ses yeux trahissaient une intense souffrance. Elle regrettait déja de m'avoir embrassé. Car j'étais un con, le pire connard de tous les mecs que vous connaissez. Et elle m'aimait. J'aurais pu l'embrasser en retour, lui prendre la main, lui dire que tout irait bien. Mais je ne l'ai pas fait. Je suis simplement parti, je l'ai laissée là, au coin de la rue Vavin, plus seule que jamais au milieu de la nuit. Je suis rentré. Je ne me suis pas tappé une pute, meme si je suis certain que c'est ce qu'elle s'est imaginé. Non. J'ai simplement consommé tout ce qui était consomable, pleuré comme un gamin, et pris des somnifères pour oublier ce mal de crane, cette soirée, son visage, et puis dormir.